Atelier collaboratif sur la vision valeuriad 2030

Et si être agile signifiait « concevoir durable » ?

Aujourd’hui, le numérique représente environ 4,4 % de l’empreinte carbone en France (Ademe, données de 2022). Un chiffre marquant qui, sans prise de conscience ni action concrète, risque d’énormément augmenter dans les années à venir.

Parallèlement, dans la plupart de nos organisations, l’approche agile est devenue une façon de travailler incontournable pour développer des produits de manière fluide et itérative.

Une question se pose alors : comment l’agilité et le numérique responsable peuvent-ils se combiner ? Voici ma vision.

Les synergies entre agilité et sobriété

Contrairement aux idées reçues, l’approche agile embarque des concepts très proches de la philosophie du numérique responsable :

  • Des valeurs fondamentales communes : le respect et la simplicité sont des valeurs fondamentales de l’agilité, et elles s’étendent naturellement au respect des utilisateurs, des écosystèmes et des ressources.
  • La recherche de simplicité et de valeur : l’objectif de l’agilité est de répondre efficacement au juste besoin. Dans la théorie, cela permet de conserver un logiciel simple, léger et sobre. Passer d’un pilotage par la « vélocité » (comme c’est toujours le cas dans certaines équipes) à un pilotage par la « valeur réelle » permet de maximiser son impact tout en évitant le développement de fonctionnalités inutiles et le gaspillage de ressources.
  • L’amélioration continue au service de la performance : les cycles courts favorisent la détection et la correction rapide des problèmes. Cela permet d’intégrer rapidement des retours utilisateurs sur la performance, l’accessibilité ou la portabilité, et d’éviter ainsi l’obsolescence de certains terminaux.
  • La conception collaborative : l’agilité favorise l’intelligence collective entre les différents profils (Métier, Développeur, Ops, etc.). Cette synergie est indispensable pour limiter le gaspillage des ressources dès la phase de conception.

Les pièges et contradictions de l’agilité face à l’écologie

Pourtant, certains réflexes agiles peuvent devenir de véritables contre-modèles écologiques : 

  • Le court terme : le fait de devoir livrer de la valeur à chaque fin d’itération empêche souvent l’équipe de se poser les bonnes questions à long terme, par exemple : quelle sera la durée de vie de cette donnée ?
  • Le syndrome du « projet sans fin » et l’obésité logicielle : par définition, un projet agile n’a pas de périmètre figé. La tentation d’ajouter continuellement de nouvelles fonctionnalités au Product Backlog est grande. À terme, le logiciel devient lourd, lent, et finit par consommer beaucoup trop de ressources ou pousser indirectement les utilisateurs à renouveler leur matériel.
  • Le piège de l’accumulation des données : dans l’action des sprints, on a parfois tendance à collecter et stocker un maximum de données utilisateurs « au cas où » ou par habitude technique. On passe alors complètement à côté du RGPD et d’un principe clé du numérique responsable : la minimisation des données. Plus on accumule de données inutiles, plus on alourdit le système et plus on consomme de l’énergie sur les serveurs pour rien.
  • La difficulté d’évaluer l’impact en continu : l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) est l’outil de référence pour mesurer l’impact écologique d’un système. Or, elle a été pensée pour des systèmes stables, et un système agile évolue en permanence, ce qui rend la mesure complexe à intégrer de manière itérative.

Les solutions pour tendre vers une agilité responsable

Pour concilier les deux mondes, nous devons faire évoluer nos pratiques et adopter une discipline rigoureuse. Voici, à mon sens, quelques pistes pour y arriver : 

Un prérequis humain

L’intégration du numérique responsable ne peut réussir que si l’équipe a une réelle prise de conscience du sujet ainsi que l’envie de mesurer et optimiser ses impacts.

Intégrer l’écoconception à nos instances agiles

En amont : organiser systématiquement des revues de conception orientées « sobriété » avant de lancer les développements, en y impliquant tous les métiers.

Dans le quotidien : adapter la Definition of Done (DoD) pour y inclure des critères environnementaux (poids des médias, temps de réponse maximum, conformité aux règles du RGESN et du RGAA, etc.).

Dans le code : réaliser des revues de code avec un objectif assumé de réduction de l’empreinte environnementale.

S’appuyer sur l’IA, mais avec discernement

L’intelligence artificielle s’invite désormais partout, y compris dans notre quotidien d’Agile Master ou de Développeur, où elle constitue une aide intéressante pour optimiser du code, automatiser des tests ou affiner un backlog.

Mais attention au paradoxe : l’IA est elle-même extrêmement gourmande en ressources (énergie, eau, serveurs). L’utiliser pour réduire l’empreinte d’un logiciel n’a de sens que si le coût environnemental de la requête IA ne dépasse pas le gain obtenu. Et c’est là que le discernement prend tout son sens : l’IA doit être une solution ciblée, pas un réflexe systématique.

Placer l’éthique et le RGPD au cœur de la conception

Le numérique responsable ne s’arrête pas à la planète, il s’adresse aussi aux humains. Et l’équipe a un rôle à jouer :

  • Garantir un produit juste : si nous utilisons l’intelligence artificielle pour nous aider, nous devons rester vigilants. Il est essentiel de garder un esprit critique face aux biais des modèles d’IA pour éviter de concevoir un produit discriminant ou excluant.
  • Appliquer le « Privacy by Design » : cela consiste à intégrer la protection des données dès le premier jour. Avant de coder, il faut se poser la question : a-t-on réellement besoin de cette information utilisateur ? Moins on collecte et conserve de données, plus notre produit est sobre, léger et respectueux.

Penser à la fin de vie

Être responsable, c’est aussi savoir nettoyer. Pour cela, il faut définir et piloter le décommissionnement des fonctionnalités, des produits ou des environnements inutilisés afin de libérer durablement les ressources serveurs.

Comment embarquer les décideurs ?

Dans les faits, c’est souvent le budget qui a le dernier mot, et l’argument écologique ne suffit pas toujours pour convaincre une direction. La bonne nouvelle, c’est que le numérique responsable est rentable : 

  • Développer uniquement des fonctionnalités utiles, c’est économiser des jours de développement,
  • Produire du code plus sobre, c’est réduire directement la facture d’hébergement sur les serveurs (FinOps).

Faire du numérique responsable, ce n’est pas seulement bon pour la planète, c’est aussi une bonne stratégie pour faire des économies et gagner en efficacité.

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Conclusion

L’approche agile et le numérique responsable ne sont pas incompatibles, mais ils exigent de nous une nouvelle posture, plus engagée. L’agilité doit se réinventer pour devenir intrinsèquement durable et inclusive, afin de rapprocher l’innovation technologique et le respect de notre environnement. Être agile ne doit plus juste signifier « aller vite » mais concevoir de manière juste et durable.

Et vous, comment intégrez-vous les enjeux du numérique responsable au sein de vos équipes ? Quels sont vos retours d’expérience sur le sujet ?

Par Mathieu COUTAND, Agile Master chez Valeuriad

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